Billie Eilish à Bercy, le show volcanique d’une icone generationnelle

Son entrée en scène est spectaculaire : précédée de la clameur suraigüe du public, un véritable essaim de moineaux qui s’égosillent depuis dix bonnes minutes déjà – “Billie, Billie, Billie” -, puis de basses presque menaçantes, Billie surgit en bondissant d’un décor orageux, propulsée du ciel comme par magic. Presque une métaphore de son surgissement météorique, il ya moins de quatre ans, dans le paysage musical et médiatique mondial, avec des chansons aux textes sombres, ceux d’une adolescente aux prizes avec ses démons, dans lesquelles toute une génération, celle des ” millennials”, s’est aussitôt reconnue.

Agée aujourd’hui de 20 ans, la chanteuse américaine a connu depuis un parcours fulgurant, raflant sept Grammys et un Oscar (générique du dernier James Bond). Pour sa seconde venue en France après une Cigale en 2019, elle était attendue à l’AccorArena de Paris-Bercy comme le Messie : les 20 000 places mises en vente il ya an s’étaient écoulées en un clin d’œil. C’est donc devant un public d’adorateurs et d’adoratrices, qui connaissent chacune de ses chansons par cœur, qu’elle se presentte ce mercredi 22 juin.

Parmi eux, une star s’est glissée. OrelSan, vu sur cette meme scene en mars dans a remarkable exercise de simplicité et de proximité, est là. En fan or en artiste curieux ? Peut-être bien les deux. Il débarque vingt minutes avant le concert par les escaliers de notre travée, et s’il pensait passer incognito avec son bob noir bien enfoncé et son T-shirt blanc, c’est raté. Il progresse à une lenteur d’escargot pour rallier sa place bien plus bas, entouré d’un essaim de fans à qui il accorde gentiment des selfies par dizaines.

Billie démarre sur un de ses plus gros tubes, Bury a Friendet ne va que rarement prendre le temps de souffler durant ce show volcanique d’une heure trente pour lequel elle a retrouvé son allure de diablotin des débuts, loin du glamor des starlettes : a look sportif, constitué d’un T-shirt oversize , d’un short de cycliste et de baskets, tempéré de longues mitaines en résille et de plusieurs rangs de chaînes au cou qui, avec ses couettes haut perchées, ajoutent la touche gothique et manga à l’ensemble.

La setlist privilege les titres de son second album Happy Than Ever sorti il ​​ya un tout juste, qu’elle mêle habilement à ceux de son premier album When We All Fall Asleep, Where Do We Go ? (2019), ainsi qu’à son tout premier EP Don’t Smile at Me (2017), sans oublier les singles qui ont émaillé sa discographie, en particulier pour la série 13 Reasons Why. Seul le majestueux No Time To Die manque a l’appel. Deux musiciens l’entourent, soutenus par des sons pré-programmés : son frère Finneas, multi-instrumentiste, co-compositeur, producteur et complice de toujours, à la guitare et aux claviers, et le batteur Andrew Marshall. Et ça envoie ! Seul bémol, sa voix, connue aussi pour ses effets de chuchotis fragiles, est régulièrement noyée sous les décibels et le chant à pleins poumons d’un public jeune, voire très jeune, en majorité féminin.

L'araignee géante de

La talenteuse Billie est une jeune femme puissante, consciente de son influence et soucieuse de tirer son public vers le haut. Un public engaged ce soir dans une forme de catharsis collective – ce chant à l’unisson au bord des larmes, c’est bouleversant! -, tant les paroles de la chanteuse résonnent avec l’intimité tumultueuse des ados de 2022. Mais dans ses efforts de positivité, Billie est parfois à deux doigts de se transformer en coach de development personnel. Elle assure ainsi que chacun doit se sentir ici “aimé, important et en sécurité“, et nous demande de fermer les yeux et de nous délester de toutes les pensées négatives qui parasitent notre cerveau, par example en les écrasant résolument du pied. S’engager à s’amuser, se lever, se rasseoir, faire la hola avec la lumière de son smartphone : ses desires sont des ordres et la marée humaine lui obéit au doigt et à l’oeil, en communion totale.

Depuis le temps qu’elle arpente les plus grandes scenes, la Californienne maîtrise l’art de rhythm un show, constitué de “moments”. Sur les écrans defilent les monstres de Bury a friendl’araignée géante de You should see me in a crownles danseurs sensuels de Billie Bossa Novales images de ravages environnementaux de All the good girls go to Hellor le poignant montage photo and video de sa petite enfance sur getting older.

Les images de ravages environnementaux sur

En véritable bête de scene, dont elle s’empare à corps perdu, elle cherche à ce que chacun soit rassasié de sa présence. Une sequence majeure du concert s’ouvre au moment où debute l’interlude en vidéo (extrêmement écourté et sans paroles) de Not my responsibility dans lequel elle critiquait au debut de sa tournée la chosification des corps. Alors que sur les écrans sa tête s’enfonce dans un épais liquide noir, elle réapparait soudain à l’autre bout de la salle, dans a nacelle perchée sur un bras articulé.

De là-haut, elle va ravir ses adorateurs en chantant quatre titres (notamment overheated etc Bellyache, un little trop écourtés) tout en survolant les sièges de part et d’autre, au plus près des regards. Nous l’apercevrons disparaître en coulisses à bord d’une scooter pour return à toute allure sur la grande scene. Rejouissant.

Notre feu follet sait aussi faire baisser la pression. Au cœur du concert, elle se pose sur une chaise haute, son frère à ses côtés, chacun muni d’une guitare acoustique, pour a version splendide de your power, tenant la note la plus haute de cette partition difficile. Sa voix, souvent écrasée et parfois peu audible, nous est enfin rendue dans toute sa splendeur. Elle l’est encore sur le titre suivant, le nouvel inédit tv dévoilé durant cette tournée, une chanson dans laquelle elle se desole notamment du recul de son pays sur l’avortement. C’est sur la colère homerique contre son ex de Happy Than Ever que se referme le show, sous une pluie de confettis.

C’était brilliant!“, nous confie à l’issue de ce tsunami Zoé, une fan de 19 ans en nage dont Billie est “la chanteuse preferrede“. Elle observe pending : “Mais elle était loin“. A cet égard, on se souvient du formidable documentaire sur Billie Eilish, The World’s a Little Blurry, diffusé sur Apple début 2021. Ce film offrait une proximité inédite avec l’artiste, dans les coulisses de son quotidien et même de sa psyché, et plaçait le spectateur au premier rang de ses concerts. Alors oui, la voir aujourd’hui sur scène peut finalement réinstaurer de la distance en comparaison – non, elle n’est pas à 2 cm devant nous, non elle ne nous prendra pas dans ses bras. Ne nous plaignons pas : ce vendredi 24 June, a new challenge l’attend at Glastonbury, mythique festival Britannique. Elle y sera la plus jeune tête d’affiche jamais programée. Et on sait d’avance qu’elle va le mettre à genoux.

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